Le one-man show de Tobias Sammett à la Cigale (Paris), le 22 octobre 2014

Edguy et moi, c’est un peu l’histoire d’un « one-shot » (il y a beaucoup de « one-quelque chose » dans cet article, non?), avec le DVD Fucking With F*** que j’ai regardé un jour, par hasard, sans savoir à quoi m’attendre. Et ce jour, j’ai pris une claque. Une formidable énergie sur scène, des compositions qui font mouche à chaque fois, une bonne humeur communicative… en seulement 2h, j’étais convaincu d’avoir découvert là un truc énorme.

Puis, trop d’autres groupes à suivre, trop de CD à acheter, et j’avais un peu laissé Edguy de côté, mais toujours en gardant ce bon souvenir dans un coin de ma tête. Et lorsque j’apprends qu’ils reviennent à Paris pour la promotion de Space Police – Defenders Of The Crown, je décide de rattraper mon retard: merci Spotify.

Et donc, après 3 mois de bourrage de crâne intensif afin de ne pas me présenter à la Cigale en mode touriste, j’arrive devant la salle. Houlà, il y a du monde… et beaucoup de filles? C’est vrai que Tobias Sammett est plus sexy que Wolf Hoffman (cf. article sur Accept), mais quand même… Ah oui mais il y a un autre concert à la Boule Noire juste à côté!

Un tour sur Internet (c’est beau la technologie mobile, quand même): il s’agit de Romain Ughetto. Un tour sur Bing Images pour voir à quoi il ressemble? Oh la vache mes yeux!!! Maintenant je comprends le look des gens qui font la file d’attente à côté de nous. Je préfère rester près des cheveux longs et vestes à patch, c’est moins affligeant que les émos avec une mèche Justin Bieber-style (oui, je juge les gens sur leur look, et alors? Allez voir des photos du gars en question et osez me dire que j’ai tort!).

Une fois dans la salle, je laisse mes 2 potes quinquagénaires rencontrés au concert d’Accept 2 semaines avant et retrouvés ici par hasard (on se revoit le 24 novembre?) pour aller au bord de la scène exempte de barrières, à l’extrême gauche. Je préfère habituellement être vers le milieu, mais une place accoudée à la scène ne se refuse pas! Et ce, même avec l’oreille gauche à littéralement 20 cm d’une enceinte; bouchons d’oreille indispensables (Acoufun Fidelity ER Black Edition, recommandé par moi).

Masterplan

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, c’est Masterplan qui ouvre le bal. Ce soir, on reste entre germaniques.

Bien content de voir enfin Roland Grapow, qui officiait encore chez Helloween lorsque j’ai connu le groupe, et ravi de voir qu’il s’en sort très honorablement avec sa propre bande. Et ravi de voir aussi qu’il s’est laissé repousser les cheveux (on fait du Metal, merde!).

L’occasion également de voir Jari Kainulainen, découvert lorsqu’il était chez Stratovarius; décidemment, que d’anciens ce soir!

Dommage qu’Uli Kusch ne soit plus de la partie depuis 2006, car je l’avais découvert dans les mêmes conditions que Grapow. Et je ne regretterai qu’à moitié Mike Terrana (parti en 2012) car je l’ai vu cet été avec Tarja à la Foire aux Vins de Colmar.

Masterplan, c’est du Power allemand, dans la même veine que les Citrouilles sus-citées ou Primal Fear, mais en plus mélancolique. La preuve en est de « Enlighten Me » qui ouvre le concert du groupe ce soir. Un peu dommage que ce soit à peu près le seul titre que je connaisse bien, ils auraient pu le garder pour la fin! Bande d’égoïstes (un égoïste, c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi).

Le reste du show se déroule dans la bonne humeur, le groupe est très bien accueilli, ce qui est normal vu leur réputation, et l’ambiance est très détendue, agrémentée de quelques blagues entre les musiciens. On sent la fin de tournée et le relâchement de pression.

Rick Altzi possède ce timbre particulier que certains chanteurs de Power Metal ont, à la fois rauque et mélodique et succède sans trop de mal au légendaire Jørn Lande, trop difficile à gérer parait-il. Axel Mackenrott multiplie les poses derrière son clavier (et juste devant moi!) et Marthus, à la batterie, est… célibataire. Bon, on s’en fout, mais le chanteur l’a dit au cas où ça intéresserait les filles dans la salle (il fallait annoncer ça à la Boule Noire, ça aurait peut-être intéressé les émos à mèche d’à côté?).

Quant à Roland, il est… Roland, tout simplement. Magistral, virtuose. Ce mec est né avec une guitare dans les mains.

Setlist de Masterplan

Tobias « Edguy » Sammett

Notre petit Tobby est à l’origine de 2 projets: Avantasia, qui regroupe ponctuellement plusieurs musiciens pour des albums tournées vers l’Opéra Rock (à l’instar d’Ayreon de son voisin hollandais Arjen Lucassen), et celui qui nous intéresse ici: Edguy.

Mais dans les 2 cas, il est seul à la barre et ça se sent, même si le groupe auquel nous avons affaire ce soir peut se targuer d’avoir le même line-up depuis maintenant 15 ans (seul le batteur a changé 2 fois, lors des débuts du groupe).

Et de fait, tout au long du show, Tobias sera le seul à prendre la parole, donnant parfois l’impression qu’il est seul sur scène, à la manière de Sharon Den Adel chez Within Temptation (oui, je place 2-3 liens vers mes propres articles, ça me comptabilise plus de vues, et je fais ce que je veux, nah!).

Bref, pour revenir au spectacle, on va commencer directement avec un titre du dernier album Space Police – Defenders Of The Crown: « Love Tyger ». Au cours de mes 3 mois d’écoute intensive de la discographie du groupe, j’ai remarqué qu’Edguy possédait 3 facettes assez distinctes: la facette speed & heavy (« Nailed To The Wheel », « Mysteria »…), la facette épique (« Theater Of Salvation », « The Piper Never Dies »…), et un côté parfois très Pop (« Lavatory Love Machine », « Save Me »…). « Love Tyger » fait sans conteste partie de ces titres Pop, capable de plaire à la ménagère de moins de 50 ans grâce à son refrain facilement mémorisable, le reste du morceau étant très soft dans sa globalité.

Bizarrement peu de titres du dernier album seront joués ce soir: hormis « Love Tyger », nous n’aurons droit qu’aux morceaux jumeaux « Defenders Of The Crown » et « Space Police », ainsi qu’au plus dispensable « Rock Me Amadeus », reprise du chanteur autrichien Falco (facette Pop du groupe, tout ça tout ça…). Je n’aurais pas craché sur un petit « Shadow Eaters » ou « Sabre & Torch ».

Le reste du show sera composé d’un véritable stand-up de Tobias, entrecoupé de quelques chansons (cf. le titre de l’article). En effet, sur 1h45 de concert, seuls 13 titres seront joués, dont aucun ne dépasse les 6 minutes. On aurait bien aimé un titre de la « facette épique » du groupe, comme « The Kingdom » ou le monumental « The Eternal Wayfarer » qui clôt le dernier album des allemands, mais non.

Malgré ça, point de déception ici, la setlist, bien que courte, est très bien équilibrée et couvre une bonne partie de la carrière du groupe: entre autres nous aurons droit à « Out Of Vogue », « Vain Glory Opera », « Ministry Of Saints », ainsi qu’un petit bonus pour nous français qui marquons la fin de la tournée européenne: « Babylon ».

A noter l’absence de pogos ou de slams, fait assez rare dans le Power Metal. Le public d’Edguy est sage et sait bien se tenir, et n’oublie pas de manger 5 fruits et légumes par jour.

Avant de lancer « Land Of The Miracle », Tobby demande s’il y a beaucoup de filles dans la salle, et reçoit à son grand désarroi peu de réponses… telle est la malédiction de faire partie d’un groupe de Metal, selon lui. Mouais, pas sûr que ce soit si difficile sur ce point. Ou sinon il fallait aller à la Boule Noire juste à côté; mais j’en ai déjà trop parlé, de ceux-là.

Enfin, tout ça pour dire qu’avec un peu moins de bla-bla, on aurait pu caser 2 ou 3 chansons de plus. Cela dit, ça nous a permis de bien rigoler, Tobias ayant bouffé un clown au petit-déjeuner. Quelques extraits:

  • la maison de disque ne voulait pas de « Rock Me Amadeus » sur l’album: ils ont dit au groupe qu’il n’avait qu’à la retirer, ce à quoi Tobias a répondu qu’ils n’avaient qu’à aller se faire enc… heu, cuire un œuf on va dire;
  • Tobias a voulu dédicacer une chanson à la personne la plus incroyable qu’il ait jamais rencontré, la plus généreuse, talentueuse, formidable… le cirage de pompe a bien duré plus d’une minute avant que le groupe entame « Superheroes » en hommage à… Tobias Sammett;
  • à la fin d’une chanson (je ne sais plus laquelle, désolé) particulièrement éprouvante pour Felix Bohnke derrière ses fûts, Tobias nous demande une ovation, car derrière la batterie, ce n’est pas n’importe qui! En effet, mesdames et messieurs, à la batterie… LE BATTEUR!!!
  • et à propos du batteur, lui aussi semble avoir du mal à garder son sérieux, lorsqu’en plein milieu de son solo, il sort une flûte pour nous jouer le générique de la 20th Century Fox, le tout rempli de fausses notes un peu à la manière de ce célèbre mème Internet, pour reprendre dans la foulée son solo sur le rythme de… la Marche Impériale de Star Wars.

Bref, du Grand N’importe Quoi. Le groupe est vraiment en roue libre à la fin de cette tournée européenne.

Petit moment de rigolade également lorsque, après avoir annoncé que leur nouvel album était sorti, Tobias reçoit en retour de simples applaudissements polis. Du coup, il se vexe un peu… mais pour de rire, hein; alors il commence à nous expliquer que, grâce aux micros savamment disposés de part et d’autre de la scène, nous (le public) sommes enregistrés en vue de, peut-être, sortir un live, ou au moins une compilation live de tous les concerts européens.

Il nous propose donc d’oublier les 2 dernières minutes (oui, il a réellement mis tout ce temps à nous expliquer que le concert était enregistré) et de refaire son annonce. Cette fois la Cigale semble s’écrouler sous les cris, les applaudissements et les pieds qui frappent le sol; et Tobias au micro de nous dire que « C’est trop, arrêtez », tout en faisant signe de sa main libre de continuer encore à hurler et applaudir! Cette fois la prise est bonne, mais heureusement qu’il n’y aura pas l’image: quel escroc ce Tobby!

Cela dit, je ne suis pas sûr de retrouver un seul morceau de Paris sur le live: et vas-y que j’oublie les paroles, et vas-y que je me prends une quinte de toux ou un fou rire en plein milieu de la chanson, et vas-y que je tape la discute au micro avec un mec du public pendant le solo de guitare… pas sûr qu’il y ait ne serait-ce qu’un seul morceau de potable dans l’enregistrement de ce soir!

Bon alors quoi, il était bon ce concert ou pas? Eh bien en fait, oui. Certes j’aurais peut-être apprécié un peu plus de chansons au lieu d’un spectacle comique, mais quand même on s’est vraiment, vraiment bien poilé. Et finalement, c’est ça le principal, non?

De toute façon, avec le classique mais néanmoins monumental « Tears Of A Mandrake » avant le rappel, et le non moins génial « King Of Fools » en toute fin, il y a de quoi pardonner tout écart de conduite. D’autant plus que, du début à la fin, le son était tout simplement excellent; j’avais parfois l’impression d’entendre l’album, tant chaque instrument était clair et précis, sans parler de la voix de Tobias!

Je rentre donc chez moi avec la banane. Edguy en concert, c’est le remède contre la mauvaise humeur!

Setlist d’Edguy