Helloween au Trianon (28 avril 2016)

Pour ce dernier concert de la tragique liste des dates déplacées ou reportées à cause des attentats de novembre, je retrouve l’un des groupes, peut-être même le groupe que j’aime le plus voir sur scène.

Après une attente de presque 3 mois, la soirée étant normalement prévue le 2 février (même jour que Motörhead, concert également reporté à cette date en raison des attentats, et finalement annulé à cause de l’autre évènement tragique de fin d’année 2015: la mort de Lemmy), nous arrivons devant un Trianon dont la file d’attente est déjà conséquente, après être passé devant l’Elysée Montmartre dont la rénovation semble bel et bien sur le point de s’achever (et que l’on retrouvera début novembre pour Delain).

 

 

Crimes Of Passion

 

Le billet, imprimé à l’époque où le concert devait avoir lieu au Bataclan, indique que 2 groupes sont censés ouvrir pour Helloween. Le 1er est tout simplement absent sans que l’on sache pourquoi, passons donc à…

 

 

Rage (19h22 – 20h17)

 

C’est donc à une soirée totalement allemande que nous allons assister. Après le 1er couplet d' »Iron Man » de Black Sabbath interrompu de façon frustrante, Rage fait son entrée sous les applaudissements d’un public déjà conquis par la longue carrière du groupe… ou plutôt de son front-man chanteur/bassiste Peavy, puisque le guitariste et le batteur l’accompagnant sont des pièces rapportées (Peavy possède tous les droits du groupe).

Cela dit, les « pièces rapportées » semblent se montrer à la hauteur du défi, notamment Marcos Rodriguez (argh, les espagnols sont partout!!!) à la guitare et aux chœurs, qui semble plus qu’enthousiaste et chante même lorsqu’il n’est pas au micro! A ce propos, les chœurs sont très bien rendus, le son étant de manière générale très bon; c’est souvent l’avantage des groupes au nombre d’instruments limité: une guitare, une basse, pas de clavier, le tout est moins brouillon. Vassilios Maniatopoulos (les grecs aussi sont partout!) est également tout sourire derrière ses fûts, et le bonhomme Peavy, avec sa bouille sympa, emmène le public sans problème tout au long des 55 minutes du show.

On aurait presque de quoi douter des raisons du départ des 2 membres d’avant, malgré les déclarations de Victor Smolski (ex-guitariste du groupe) disant que Peavy était un dictateur avec une vision commerciale du groupe, préférant jouer les vieux morceaux pour rameuter les fans, sans tenter d’expérimenter de nouvelles choses. Toutefois, le discours de Peavy entre 2 morceaux corrobore ces déclarations.

Mais peu importe, le spectacle est bon, jusqu’au dernier morceau « Higher Than The Sky » repris en chœur par toute la salle grâce à son refrain facilement mémorisable, que le groupe fera durer et durer, en profitant pour y inclure quelques notes de « Sweet Home Alabama » de Lynyrd Skynyrd, et de « Holy Diver » de Dio, Marcos prenant le micro pour nous dévoiler un timbre fort proche du regretté Ronnie James. Impressionnant!

Après une première à la Foire aux Vins de Colmar en 2013 (où se produisait également Helloween), Rage confirme pour moi son statut de groupe à voir au moins une fois. Et avec leur discographie (22 albums!), il y a de quoi faire.

 

Setlist de Rage

 

 

Helloween (20h40 – 22h25)

 

Autant le dire tout de suite, ce concert aura le cul entre 2 chaises: d’un côté de bonnes, voire très bonnes surprises, et de l’autre le manque d’un petit quelque chose qui aurait pu rendre le spectacle bien meilleur.

Ça commence par un sacrilège: l’absence de « For Those About To Rock, We Salute You » d’AC/DC, qui annonçait depuis des années l’arrivée des allemands. Se pourrait-il que les membres d’Helloween aient en travers de la gorge le remplacement de Brian Johnson par Axl Rose?

Nous ne le saurons jamais, du coup les trompettes de Jericho résonnent sans autre forme d’introduction, pendant l’arrivée très sobre des musiciens et le gonflage de la citrouille gelée sur le côté, seul décor scénique avec le backdrop. Je me prends à espérer « Ride The Sky » en ouverture juste après les trompettes, comme sur l’album Walls Of Jericho, mais c’est finalement « Eagle Fly Free » (pour le tempo on n’y perd pas au change) qui entame le concert!

Ce choix résume finalement bien la soirée. « Eagle Fly Free », c’est l’intro facile: ça claque, c’est speed, tout le monde connait… mais après l’ouverture des shows de la tournée précédente, avec le rideau, « Wanna Be God » suivi de « Nabatea » et ledit rideau qui tombe, ce début de soirée manque cruellement de mise en scène. Et en plus, pourquoi ne pas avoir joué « Heroes », histoire d’introduire le nouvel album?

Pas de panique, ce morceau sera joué plus tard, mais pas avant d’avoir balancé les classiques: déjà « Dr. Stein » qui arrive juste après le 1er titre, ensuite « Steel Tormentor » qui avait fait son retour surprise sur la tournée d’avant, « Mr. Torture » qui lui fait son retour tout court, tout ça intercalé entre « Straight Out Of Hell » et « Waiting For The Thunder » extraits de l’album précédent, ainsi que du title-track de My God-Given Right, Andi Deris faisant durer le break pour faire chanter le public.

Car oui, un concert d’Helloween, c’est toujours une communion parfaite entre le groupe et son public. Le meilleur chanteur du monde (oui, je l’affirme haut et fort) n’a pas son pareil pour mettre la foule dans sa poche, et de nombreux regards avec les 1ers rangs donnent l’impression qu’il chante en duo avec le spectateur qu’il a choisi à ce moment (et j’y aurai droit plusieurs fois, je me la pète!).

Par contre, je sens les autres membres moins déconneurs qu’avant: Markus Grosskopf (basse) est toujours le trublion du groupe, mais son habituel copain de jeu Sascha Gerstner (guitare) semble plus effacé (sans parler de son nouveau look « One Direction » qui ne correspond pas du tout au style des Citrouilles), malgré une distribution abondante de médiators et quelques blagues destinées au roadie venant le réapprovisionner. Michael Weikath (guitare) est fidèle à lui-même et ne sourit que quand il se fait mal, mais on a l’habitude. Il y a malheureusement peu de moments où les musiciens se retrouvent tous ensemble sur le devant de la scène, même pas sur les twin guitars d' »Eagle Fly Free »! En espérant qu’il n’y ait pas de malaise au sein du groupe, on a déjà suffisamment de changements dans l’actualité Rock!

Comme promis, « Heroes » arrive finalement après « Straight Out Of Hell », et est suivi du traditionnel solo de batterie de Dani Löble (arborant lui aussi un nouveau look « cheveux courts » bien plus sobre que Sascha), aussi impressionnant que redondant.

En me relisant, je réalise que le tableau que je dépeins n’est pas très positif. Pourtant tout se déroule pour le mieux, et les morceaux sont très bien choisis, entre classiques inévitables et surprises inattendues comme « Waiting For The Thunder » que j’adore.

Mais la vraie surprise, le cadeau que me fait le groupe ce soir, c’est « Where The Rain Grows » et son intro de batterie, suivant sans temps mort le solo de Dani, sur laquelle je suis le seul à réagir (quelle bande de faux fans autour de moi!): le point culminant de la soirée me concernant. Ce titre est tout simplement phénoménal: excellents couplets, excellent refrain facile à mémoriser, des solos dantesques, et surtout ces twin guitars en 2 parties à vous filer la chair de poule! Et au moins pour cette fois, Sascha et Michael se mettent côte à côte pour jouer; le moment le plus parfait de la soirée!

Et en parlant de refrain facile à mémoriser, « Lost In America », suivant un discours d’Andi nous expliquant comment lui est venue cette chanson, n’est pas en reste!

Après le classique « Power », toujours énorme en live, la pression retombe sur « Forever And One (Neverland) ». Ce qui me fait penser une nouvelle fois au choix des morceaux: quitte à inclure une balade, pourquoi prendre toujours la même? Pourquoi ne pas choisir « Like Everybody Else » du dernier album? Ou encore mieux, pourquoi ne pas réintroduire « In A Middle Of A Heartbeat »?

Et pour conclure avec la 1ère partie de ce concert, pourquoi diable se bornent-ils à nous faire des medleys de leurs pièces maîtresses? Ne se rendent-ils pas compte à quel point c’est frustrant d’entendre « Halloween » être coupée juste après le refrain pour enchainer avec d’autres morceaux du répertoire? D’ailleurs, ce medley c’est n’importe quoi: on passe donc d' »Halloween » à « Sole Survivor », puis à « I Can », « Are You Metal? », et on termine sur « Keeper Of The 7 Keys ». Bref, aucun thème prédéfini; les chansons choisies sont bonnes (d’autant plus frustrant qu’elles ne sont pas jouées en entier!), mais on passe de la période Michael Kiske à la période Andi sans ordre logique. Dommage. Et puis, ça ne m’aurait pas déplu d’avoir « Sole Survivor » en entier, non plus…

 

Heureusement il y a du mieux pour le rappel (qui interviendra au bout d’à peine quelques secondes), à commencer par l’inattendu « Before The War », propice aux pogos. Ce n’est évidemment pas le seul morceau dans ce cas, mais au moins nous étions au bon endroit: 4ème ou 5ème rang côté Sascha sur la gauche, avec 3 ou 4 personnes faisant office de « barrière anti-bourrins ».

Pour la fin, on ressort quand même les classiques: « Future World », précédé d’un solo bof bof de Sascha et bizarrement pas toujours joué, et le final « I Want Out », passage obligé pour tout concert d’Helloween ou de Gamma Ray, avec le traditionnel jeu d’Andi: « I Want… » et le public doit crier « Out! »

 

Constat: Helloween en concert, ça reste quand même le haut du panier. Mais comparativement aux précédents shows du groupe (c’était mon sixième), le manque de surprises se fait sentir. Et pourtant il y en a quelquefois (« Waiting For The Thunder », « Before The War »), mais ce soir les Citrouilles se reposaient un peu trop sur leurs acquis.

Tiens, par exemple, pourquoi ne pas avoir joué « If God Loves Rock N’ Roll » en profitant du break pour présenter les membres du groupe? Ça aurait eu de la gueule, non? Bon, c’est décidé, je vais me faire engager comme manager de tournée!

 

Les plus: « Where The Rain Grows », putain!!!

Les moins: ne pas avoir joué « Halloween » ou « Keeper Of The 7 Keys » (ou même « King For 1000 Years ») en entier; et puis j’aurais voulu « Hell Was Made In Heaven » aussi, tiens!

 

Setlist d’Helloween